Maxime Le Moing | Textes | Enregistrements | Films | Concert | Agenda | English version
Calme
post-vendange

Une semaine est partie dans le vin.


Le village décrépit
de ces rencontres coupées
au sécateur
dans le sceau morose
d’un revoir incertain.



*****


La pulpe du doigt
est la matière première
du claquement de doigt.

Elle est remplie
de collagène qui
maintient l’élasticité
de la peau.

Quand s’appuie
l’un sur l’autre
deux doigts
qui font riper cette force,
c’est un choc percutant
qui nourrit la main.

Seuls les anciens
font de ce déséquilibre
des claquements mous.



*****


Le vieil homme
écoute au loin
l’autoroute.

Son flux sanguin
reçoit ce flux routier
en un événement
qui se gonfle et se dégonfle
(en pulsation).

Il sait que ses tympans
ne sont que les tambours du cœur.



*****


Silence
=
Listen

est écrit sur un tronc fendu.


Passe le vent
dans les branches des sapins sans aiguilles.
Quelques insectes,

Et une élagueuse
dans le contrebas.



*****


Un tuyau d’arrosage
est un boyau par excellence.

Lorsqu’il est vide
et que l’on marche dessus,
le goulot dégage
les derniers gargouillements
d’un organe qui suppute.



*****


19h
dans une rue
marchande,
elle absorbe
un concert de métal.

Les rideaux
de fer ferment
les magasins qui crissent
ensemble bonsoir.



*****


Un jacaranda
en fleur,
c'est l'hôtel
de butinements
emmêlés.

S'asseoir
en dessous
est un délice
glissando de tous
les battements de zèle.



*****


Des soubassements
pleins le tympan.

Quand l'oreille
se colle aux poteaux
de stop, lampadaires,
tiges en métal,
elle jouit

d'une violence assourdissante
des poings qui s'y cognent.



*****


La peau de la feuille
est un matelas blanc
où couche la mine et le trait.

Dessiner un modèle vivant,
c'est mettre à nu
les à-coups du carbone.



*****


Ambiance brouillée,
dans la supérette
ça capte mal la radio


L'estomac vide tends son antenne.

Il mixe les musiques,
change d'onde en passant du rayon frais au rayon biscuit.
(les transitions crachent)

Et les oreilles positionnent
le choix du repas.



*****


Le ciel entre
dans le pré d’été,
défile une autoroute
d’insectes volatiles.

On s’y allonge.


Jamais

l’effet Doppler
n'a redoré autant
leurs bourdons.



*****


L’aluminium est un nuage
de pluie froissé qui se loge dans
les plis des paquets de chips.

Il est un excellent
indicateur météo
un puissant tour de magie
comme un orage qui
se brise en bouche.



*****


Manger
des céréales
rend sourd
le silence est
un coupe-faim.



*****


Conversation amoureuse

Assise sur sa valise
à roulette rouge
ses pieds frappent
la coque en faisant

bou-boum bou-boum
bou-boum bou-boum bou-boum
bou-boum



*****


Sous ce pont
coulent les manifestants mais
leur chant n'avance plus.

Il est à l'abri
gronde dans l'enclos. Son sort:
un relai de bouche à bouche
fuyant vers le dehors.

C’est un flux friable
une force qui lutte pour résonner
dans une brèche.



*****


Manger
en écoutant la cascade
écrase l'écume jaillir.



*****


Les mots contenus
dans l’une des voûtes du barrage
font une partie de ping-pong.

Ils rebondissent
très vite treize fois
jusqu’à perdre le point.

Parfois l’un dépasse
le délai de son trépas, glisse
dans l’aller-retour de l’autre.

L’écoute se densifie,
on y croise une chute d’eau.



*****


Les tunnels
des voies ferrées possèdent
une collection de klaxons.

Ces coups de syncope
font étinceler
l’acoustique du trou.

L'obscurité reviendra
en étouffe-reverbère.



*****


Aux premières notes de trompette
l’oreille déroule
une juvénile oasis.

On suit l’instrument
en redoutant
le silence d’un mirage.

C’est le pas suivi d’un autre
qui guide la soif.



*****


Quand la fête finit,
l’acid house absorbant
ses propres organes,
une marche matinale en plein champs
nous rappelle cette musique.

Pas besoin de forêt
pour entendre les oiseaux.

Ils se branchent
sur les fils électriques
des rares arbres en métal,

prolongent le ciel vide de pépiements fluo.