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SALLE OBSCURE
2020 / 45min / found footage
Diffusion au FID Marseille.

Recycler, Reprendre, Revoir, Refaire, Réadapter.
Prenez un scalpel, coupez ces mots pour ne garder que le préfixe re-.
Faites-en votre personnage principal, celui d’un détective.
Placez-le parmi des mots macabres, des phrases sombres où la nuit ne cesse de pleuvoir.
Une fois l’opération terminée, l’enquête peut commencer.

Les images de ce film sont issues de plus de 150 films préexistants. Produit dans le cadre du Post-Diplôme Arts et créations sonores Bourges 2019. Le tournage sonore a été réalisé lors des sessions radiophonique de RadioRadio situés dans les studios de Bourges. Avec le soutien de Jérome Joy, Roger Cochini, Jean Michel Ponty, Lionel Marchetti. Ce film a été produit et postproduit par la société Wrong Films et Microclimat.

Critique :

D’Amityville aux Destinations finales, de séries Z à Tokyo Sonata, Maxime le Moing a patiemment convoqué pour Salle obscure pas moins de 150 films. Plaisir d’érudition cinéphile ? Cette salle héberge davantage. En amorce, façon d’appât, un meurtre, la fameuse scène de Psychose dans une version revisitée et tronquée. Cruauté d’un geste inaugural qui appellera d’autres crimes, et d’abord celui des films démembrés, réassemblés pour une traversée au fétichisme paradoxal. Son mouvement apparent : une course nocturne effrénée, zébrée de tempêtes, d’orages, d’inondations. Dans ce film cousu de lambeaux mais sans visage, tel un corps monstrueux, nous voici détectives à la poursuite de la matière liquide de notre mémoire. Ce jeu érotique des images ouvre sur un outre-monde à la logique narrative chahutée, au sens secoué. Petite mécanique du fantasme, à l’instar de ces plans de machinerie du cinéma (salutations à Coppola et De Palma) qui trouent le film, la salle est hantée de chuchotis lointains, comme si une conversation secrète se jouait hors champ. Et Maxime Le Moing d’avancer par glissements et de nous absorber dans ce jeu déceptif et jouissif, comme prix du plaisir ambivalent des images que le cinéma ancre en nous, terreau d’où naît notre désir sur le cadavre de nos souvenirs imaginés. Une projection dans cette Salle obscure qui rappelle, on le sait, la chambre obscure de Freud, petit théâtre intérieur de nos inconscients et fabrique de songes et de fantômes, crée ici une ode aux ombres exquises du cinéma, pour mieux s’y laisser engloutir. (N.F)

Un teaser sur ce lien : teaser_salle_obscure_Maxime_Le_Moing_360p.mp4


Salle Obscure entremêle plus de 150 films, et poursuis, après La Banlieue du Skeud (présenté au FID en 2018), à explorer la technique du mash-up. D’où vient votre intérêt pour cette pratique ?

La première est que je ne suis pas un fabriquant d’images, mais j’aime beaucoup découvrir la capacité du son à tordre celle-ci. Le mash-up me permet d’accéder immédiatement à cette relation. La seconde est d’un point de vue économique car c’est une pratique cinématographique idéal pour le pauvre. La lenteur pour débloquer des fonds et faire un film tue beaucoup trop mon énergie créatrice, alors je me suis mis à manipuler la matière filmique elle-même pour faire du cinéma. Il y a également des raisons politiques. Le cinéaste ne fait que mâcher et remâcher des éléments de sa vie qu’il a absorbé, notamment en regardant d’autres films, pour créer un miroir déformant de notre monde. Il poursuit la prolongation de films pensés à partir d’autres. Pour chaque film, il n’y a pas ‘un’ mais ‘des’ auteurs. Faire du mash-up, c’est accepter que le cinéma puisse déborder de manipulations incontrôlées, consultations éparses, déformations vulgaires, c’est ébranler certain concept anti-filmique que seule une loi du marché pouvait mettre en place. Le cinéma a beaucoup de retard sur cette idée de récupération par rapport à d’autres médiums, notamment en musique avec le sampling, la poésie pour le cut- up...


Salle Obscure est un film sous forme d’enquête qui avance sans véritablement dévoiler son intrigue. Comment avez-vous envisagé le scénario au départ ?

Je ne pars jamais avec un scénario pour réaliser un film, mais avec des propositions esthétiques. Pour Salle Obscure, je souhaitais faire un film en écho avec les écrits de Barthes autour de la mort de l’auteur, en appuyant sur la volonté de faire un film « scriptible » par le biais de films volés. J’avais également envie de contrebalancer mon précédents film très bavard en travaillant de manière quasi-muette, me permettant d’élaborer le son sous sa composante gestuelle et sensitive. Des tournages sonores scabreux et très drôles se sont opérés. Par exemple la pluie a été fabriquée grâce à un concerto de paquets de chips, les sonneries téléphoniques sont des mélodies au saxophone accéléré, les coups de klaxons répétés ont été enregistrés au milieu de la nuit en centre-ville, les micros placés à distance sur un balcon d’un appartement où aboyaient des acteurs bruiteurs qui se prenaient pour des chiens! Le choix du polar me semblait judicieux pour justifier ces recherches...


La bande-son et le bruitage n’appartiennent pas aux extraits des films utilisés, mais tout a été construit par vous-même et prend une allure humoristique. Pouvez- vous expliciter ce choix ?

Je cherche toujours à dézinguer l’univers dans lequel je me plonge. Mes tours de magie préférés sont ceux dont j’en connais le rouage, mais dont l’illusion fonctionne pour autant. Dans Salle Obscure, j’aime que l’on se prête au jeu tout en sachant que cela est fait de bric et de broc, de sons pauvres enregistrés parfois dans des conditions limites. J’aime sentir le rouage et cela crée du contraste par rapport à ces images parfaites. Cette sensation, bien dosée, fabrique du comique. À l’époque où j’organisais le festival du film loupé, j’aimais sentir ce peu de moyens qui tentait de faire fonctionner une machine à rêve. Je le reproduis avec le son qui fait dérailler le quatrième mur pour rappeler qu’il y a quelque chose qui se fabrique derrière.


Pouvez-vous nous en dire plus sur le langage inventé présent dans le film ?

Cette langue inventée fait autant référence aux poésies lettristes, aux zaoum des poètes futuristes russes, mais aussi et surtout à un unique groupe en Moselle (où je vis) où le chanteur chante en dialecte Platt. À chaque concert, personne ne comprend ce qu’il raconte, mais il hurle si fort que l’on sait que c’est toute une rage qui sort de sa bouche. Cette rage, vous pouvez y mettre les mots que vous voulez, il faut surtout la faire vivre. Et à chaque fin de concert, la catharsis a étourdi tout le monde à présent torse-nu et sans même en avoir compris un mot. D’ailleurs, un soir, je suis allé voir le chanteur, qui, étant souvent beaucoup trop allumé pour se rappeler des paroles à profaner, m’a confié qu’il chantait en yaourt. Je me suis dit que c’était ce que je souhaitai reproduire dans un film : du yaourt dont on ne comprend rien, mais que l’on vit intensément... J’ai donc inventé cette langue que j’appelle Zcwil, et qui est un gloubi boulga de langues, tel un bébé fait du hochet avec ses cordes vocales.


Combien de temps a pris la réalisation du film ?

Le film a nécessité 2 ans de créations. La première année fut une année éreintante où j’organisais les images, les assembler pour fabriquer un film (cela devait être un long- métrage à la base, plus de 350 films sélectionnés) et créer des tournages sonores, notamment au sein de la radio de Bourges intitulé Radio Radio. Cette première année fut soutenu dans le cadre du post diplôme Arts et créations sonores à Bourges. La deuxième année fut complété avec l’aide de la production Wrong Films et de techniciens adorables. J’y ai trouvé une exigence très plaisante. Le film ne serait rien sans ce soutien. Comme nous n’avions pas de moyens, cela a permis de faire décanter plusieurs fois le film, et de le reprendre sous un autre angle avec plus de conviction. Salle Obscure clôture une trilogie du mash up exercé depuis 2014, après The truth about the year 2000 et La banlieue du Skeud.






LA BANLIEUE DU SKEUD
2017 / 19min / Couleur / found footage et animation

Le rap est un genre musical perméable avec le cinéma. Les albums de rap français regorgent de scènes sonores, où les chanteurs adossent divers rôles pour retranscrire la cité dans laquelle ils ont vécu. Achat dans un kebab, vol à la tire, règlement de comptes téléphonique, graffiti sur une voiture de flics, vente de stupéfiants qui tournent mal, tous ces interstices auditifs glissés dans leurs albums m’ont donné envie de composer, uniquement avec cette matière, le paysage d’une banlieue. “La Banlieue du Skeud” offrent ainsi une représentation auditive d’une banlieue fantasmée par les rappeurs français. Mais un flou se glisse dans l’interprétation picturale de ces interludes. Total simulacre sous perfusion surréaliste, les personnages s’animent dans un théâtre ombré décontextualisant ces sons dans les multiples cadres d’une anthologie de l’architecture contemporaine. Le ton volontairement décalé éloigne les effets de réel induits dans les propos de ces auteurs, laissant les solides stéréotypes suburbains à nu dans ce décor si souvent avalé par la violence, l’industrie de l’hédonisme, le culte du corps, que les clips et médias assonent.

Le film en libre consultation et téléchargement sur ce lien : La_banlieue_du_skeud_Records_in_the_Hood_Maxime_Le_Moing_719x404_VOSTEN.mp4

Diffusion au festival Som'City 2019 /
Diffusion au festival Résonances à Bruxelles /
Diffusion au festival Vidéoformes 2019 /
Diffusion au festival Art Souterrain à Montréal 2019 /
Diffusion au High Coast Film Festival en Suède 2018 / Prix du meilleur film expérimental 2018 /
Diffusion au FID Festival de Marseille hors compétition (sélection parallèle) 2018 /
Diffusion au Kinepolis de Longwy 2018 /
Diffusion lors du concert de Biga Ranx et Don Choa (festival Zikamine) dans la BAM à Metz 2017 /
Diffusion au Cameo Ariel de Metz 2017 /